Le VIH guérit “un pas de plus”

“La thérapie génique offre un espoir de guérison du VIH” The Independent a rapporté. L’article de première page du journal a déclaré qu’une greffe de moelle osseuse avait éradiqué le virus chez un homme qui a vécu avec la maladie pendant une décennie. Le journal a décrit la thérapie comme le «traitement le plus proche encore d’un remède contre la maladie».

Cette histoire a été initialement rapporté à la fin de l’année dernière, mais a fait de nouveau les manchettes suite à la publication du rapport médical. La recherche explique que le patient (un homme vivant avec le VIH) a reçu deux greffes de moelle osseuse pour traiter sa leucémie d’une personne qui portait deux copies d’une mutation d’un gène qui offre une protection contre l’infection par le VIH. Après la deuxième greffe, l’homme n’a pas utilisé de médicament standard pour contrôler le virus VIH, mais de façon inattendue, il n’a pas de taux viraux détectables 20 mois plus tard.

Bien que ce cas présente un intérêt pour les personnes vivant avec cette maladie, il est prématuré d’affirmer qu’un remède contre le VIH a été trouvé. L’effet a été observé chez un patient, qui présentait déjà un type particulier de mutation génétique rare pouvant offrir une certaine résistance à la progression du VIH. Si ce succès peut être reproduit chez d’autres individus (avec ou sans la mutation génétique) reste à voir. Cependant, les résultats sont extrêmement importants et intéresseront la communauté scientifique et médicale, où d’autres recherches suivront.

D’où vient l’histoire?

Cette recherche a été menée par le Dr Gero Hutter et ses collègues du département d’hématologie, d’oncologie et de médecine transfusionnelle et d’autres départements universitaires et médicaux à Berlin. Le travail a été financé par une subvention de la Fondation allemande de recherche et publié dans le New England Journal of Medicine, revue par les pairs.

Quel genre d’étude scientifique était-ce?

Il s’agissait d’un rapport de cas (une étude d’une seule personne) détaillant les changements dans le comportement viral chez un homme séropositif, après avoir reçu des greffes de moelle osseuse d’une personne avec une constitution génétique spécifique.

Au cours du processus d’infection par le VIH, le virus utilise certains récepteurs (protéines à la surface des cellules) pour pénétrer dans les cellules T (types de globules blancs qui jouent un rôle important dans l’immunité). L’un de ces récepteurs est la protéine CCR5, qui est produite en utilisant des instructions contenues dans le gène CCR5. Une mutation spécifique de ce gène responsable de la protéine CCR5 est fréquente chez les personnes d’origine nord-européenne et confère un niveau de protection contre le VIH.

Pour chaque gène dans le corps humain, il y a deux copies, appelées allèles, avec une copie héritée de chaque parent. Hériter deux copies de la mutation CCR5 (une sur chaque allèle du gène CCR5), protège contre l’acquisition du VIH, alors qu’une copie semble ralentir la progression de la maladie.

Dans cette étude, les chercheurs rapportent le cas d’un homme caucasien de 40 ans, qui avait été diagnostiqué avec une infection par le VIH il y a plus de dix ans. Ce patient avait été traité avec succès en utilisant un traitement antirétroviral hautement actif (HAART) au cours des quatre années précédentes. HAART est le traitement médicamenteux standard utilisé chez la plupart des patients infectés par le VIH pour supprimer l’action du virus VIH.

Le patient s’est présenté à l’hôpital avec une leucémie nouvellement diagnostiquée (leucémie aiguë myéloïde) et a été traité par chimiothérapie pour se préparer à une greffe de moelle osseuse. Son traitement HAART a été interrompu pendant une courte période après des complications, mais a ensuite repris. Après trois mois de reprise du traitement, son infection par le VIH n’était plus détectable.

Après sept mois, la leucémie du patient a récidivé, et à ce moment-là, il a reçu une greffe de moelle osseuse d’un donneur. Le donneur a été apparié au patient pour une série de gènes associés au système immunitaire. La correspondance est une pratique courante dans les greffes, car elle réduit les chances que le corps du receveur rejette le matériel transplanté.

Les médecins avaient également examiné génétiquement 62 donneurs possibles, afin de choisir la moelle osseuse d’une personne portant deux copies de l’allèle mutant CCR5 protecteur du VIH. Le patient a également reçu des médicaments pour aider à ce processus de greffe, dans lequel le corps du receveur accepte et utilise la moelle du donneur.

La leucémie du patient a récidivé 11 mois après la transplantation et il a reçu une chimiothérapie, une irradiation et une seconde greffe du même donneur. Les médecins ont ensuite rendu compte de ses résultats après ces traitements, y compris une évaluation du taux de virus VIH dans le sang, jusqu’à 20 mois après la greffe.

Quels ont été les résultats de l’étude?

Après la chimiothérapie pour la leucémie myéloïde aiguë, le patient a éprouvé certains effets secondaires, entraînant des complications, notamment une toxicité hépatique et une insuffisance rénale. Son traitement HAART a été arrêté et il y avait, comme prévu, une augmentation de la quantité de virus VIH dans le sang.

Après la rechute de la leucémie du patient, les médecins ont décidé de le traiter en utilisant une greffe de moelle osseuse provenant d’une personne ayant deux copies de l’allèle CCR5 protecteur du VIH, pour voir si cela aurait un effet sur le VIH et traiter sa leucémie. Au cours du processus de dépistage, seulement un des 62 donneurs potentiels avait deux copies de l’allèle CCR5 protecteur du VIH. Ils ont utilisé la moelle de cette personne pour les greffes chez le patient VIH.

Après la deuxième rechute du patient, sa deuxième série de traitements (plus de chimiothérapie, de radiothérapie et une deuxième greffe du même donneur) a conduit à une rémission complète de la leucémie myéloïde aiguë, après 20 mois de suivi.

Avant la transplantation, le patient ne portait qu’une copie de la mutation protectrice CCR5 (il était hétérozygote), mais après la seconde transplantation, ses globules blancs présentaient deux copies de la mutation CCR5, comme c’était le cas dans le donneur de moelle.

Avant la transplantation, il y avait des niveaux élevés de cellules immunitaires qui répondent à l’infection par le VIH (cellules T spécifiques du VIH), mais ceux-ci sont tombés à des niveaux indétectables après la transplantation. D’autres marqueurs de la réponse immunitaire au VIH ont également chuté. Les médecins ont également signalé que les taux sériques de matériel génétique du VIH (mesurés pour déterminer la quantité de virus dans le sang) demeuraient indétectables pendant le suivi.

Une biopsie rectale a trouvé d’anciens types de cellules immunitaires (celles qui n’avaient qu’une seule copie de la mutation CCR5), mais il n’y avait aucune preuve de présence du virus VIH dans les cellules du rectum.

Quelles interprétations les chercheurs ont-ils tirées de ces résultats?

Les chercheurs disent que bien que l’arrêt du traitement antirétroviral entraîne habituellement un rebond rapide de la charge virale en quelques semaines, il n’y avait aucun VIH actif répliquant détecté 20 mois après l’arrêt du traitement HAART chez ce patient.

Ils disent que c’est «remarquable» parce que le fait d’avoir deux copies de la mutation CCR5 est habituellement associé à une «résistance élevée mais non complète» au VIH. Ils disent que les cellules de longue durée du patient peuvent être des réservoirs pour le VIH, mais que chez ce patient, ils n’ont trouvé aucune preuve d’infection par le VIH.

Que fait le NHS Knowledge Service de cette étude?

Cette étude de cas intéressera aussi bien les scientifiques que les cliniciens et conduira sans aucun doute à plus de recherches. Comme les résultats ne concernent qu’un seul cas jusqu’à présent, les résultats ne peuvent pas être généralisés à tous les patients infectés par le VIH, et il est trop tôt pour conclure qu’un remède contre la maladie a été trouvé.

Le patient en question portait déjà une copie de la mutation CCR5 relativement rare, qui, selon l’éditorial, est liée à une progression plus lente de la maladie. Comment les personnes vivant avec le VIH qui n’ont pas la mutation CCR5 (la majorité des personnes vivant avec le VIH) répondront à un tel traitement n’est pas encore connu.

Les chercheurs encouragent d’autres études, disant que leur rapport montre l’importance des récepteurs CCR5 au cours de l’infection par le VIH et que leurs résultats «devraient encourager une étude plus poussée» sur la façon dont ces récepteurs peuvent être ciblés par des traitements. De telles études seront attendues avec impatience par les communautés de recherche, médicales et de patients. Bien que la multithérapie soit un traitement efficace pour la plupart des gens, le virus peut développer une résistance et les médicaments peuvent causer des toxicités chez certains patients, donc des alternatives seraient les bienvenues.

Un éditorial d’accompagnement de ce document de recherche avertit que des preuves ont montré que le VIH peut se cacher dans les cellules des ganglions lymphatiques et d’autres parties du corps et qu’il peut infecter ces tissus. L’éditorial rappelle aux lecteurs que les greffes de moelle osseuse exigent que les cellules hôtes soient détruites ou affaiblies par la chimiothérapie. Ce traitement peut être très toxique et entraîner la mort.

L’auteur, un médecin, dit qu’une approche pour cibler le VIH sans avoir besoin d’éliminer la moelle osseuse de l’hôte serait utile, par ex. par injection d’une substance qui pourrait inactiver les récepteurs CCR5, empêchant le VIH de pénétrer dans les cellules immunitaires.